Moscou transforme le 9-Mai en test de loyauté
Zelensky dissuade les alliés du Kremlin d’aller à Moscou; la Russie brandit des représailles pour garder l’initiative avant le défilé du 9 mai.
Le rapport de force se joue sur l’accès au défilé, pas seulement sur le front. Selon
France 24, Volodymyr Zelensky a averti jeudi les pays proches de la Russie de ne pas envoyer de représentants au défilé de la Victoire prévu samedi à Moscou, tandis que le Kremlin a réitéré la menace de « représailles » contre Kiev si l’Ukraine perturbait les cérémonies. Moscou a aussi décrété un cessez-le-feu unilatéral du 8 au 10 mai, mais a simultanément demandé aux civils et aux diplomates de quitter Kiev pour éviter d’éventuelles frappes russes. Le message russe est clair : présenter le 9 mai comme une pause contrôlée, tout en conservant la capacité de punir.
Moscou veut montrer qu’elle contrôle encore le récit
Le Kremlin utilise le 9 mai comme vitrine politique depuis des années, mais cette fois l’événement ressemble davantage à une opération de sécurisation qu’à une démonstration de puissance.
France 24 note qu’aucun équipement militaire ne figurera dans le défilé pour la première fois depuis près de 20 ans, que le nombre d’invités étrangers a chuté — seuls le Bélarus, la Malaisie et le Laos sont annoncés — et que des coupures intermittentes d’internet ont été ordonnées à Moscou.
La
BBC décrit la même logique sous un autre angle : le défilé a été réduit en raison d’une menace « terroriste » venue d’Ukraine, selon le Kremlin, qui a dû renforcer les restrictions sur les communications mobiles et renoncer à la colonne de matériel militaire. C’est un signal important pour
Conflict : la Russie veut conserver l’effet symbolique du 9 mai sans exposer sa vulnérabilité face aux drones ukrainiens.
Kyiv fait monter le coût politique pour les invités
Zelensky ne menace pas seulement Moscou ; il cherche surtout à faire porter à la Russie le risque politique et sécuritaire du rendez-vous. Dans
POLITICO, le président ukrainien a dit que Kyiv ne pouvait pas garantir la sécurité des délégations étrangères à Moscou et a averti que la Russie pourrait elle-même organiser des provocations — incendies, explosions, puis accusation de l’Ukraine. La réponse du vice-président du Conseil de sécurité russe, Dmitri Medvedev, a été immédiate : il a promis qu’en cas de « provocation réelle », « Kyiv ne verrait peut-être pas le 10 mai » (
POLITICO).
Le calcul de Zelensky est évident : dissuader les présences étrangères, réduire le prestige international de Vladimir Poutine et rappeler que Moscou n’est plus un espace sûr, malgré tout l’appareil sécuritaire du pouvoir russe. La menace de réputation compte ici autant que la menace militaire. Pour le Kremlin, la présence de chefs étrangers valide son récit de résilience ; pour Kyiv, chaque chaise vide à Moscou fragilise ce récit.
Ce qu’il faut surveiller
Le point de décision est samedi 9 mai : qui sera vraiment sur la place Rouge, et si le défilé se tient sans incident majeur.
France 24 indique aussi que des discussions doivent s’ouvrir jeudi à Miami entre négociateurs ukrainiens et américains, avec Roustem Oumerov, sur les prisonniers et la relance du processus diplomatique. Si le 9 mai passe sans attaque ni rupture visible, Moscou vendra cela comme une victoire de contrôle. Si un incident survient, la Russie aura le prétexte qu’elle cherche déjà à préparer.