Rubio met l’Europe au pied du mur en mer d’Oman
Washington veut garder le contrôle du détroit d’Ormuz sans en payer seul le prix. Le message vise les Européens, mais aussi les alliés de l’OTAN.
Marco Rubio a demandé vendredi aux Européens de partager le fardeau de la sécurité maritime dans le détroit d’Ormuz, en les pressant de soutenir l’effort américain face à l’Iran, selon
France 24. Le secrétaire d’État a présenté la question comme un test de volonté collective: «Le monde va-t-il accepter que l’Iran contrôle désormais une voie navigable internationale?», a-t-il dit, en visant la volonté de Téhéran de créer une autorité spéciale d’approbation des passages.
Le vrai levier, c’est l’alliance
Rubio ne demande pas seulement une aide navale. Il réactive la vieille logique américaine: les États-Unis assurent la sécurité des routes stratégiques, mais leurs alliés doivent contribuer quand l’addition grimpe.
Le Monde relève que Rubio a expliqué que Donald Trump avait «répondu aux appels» de nombreux pays pour protéger le passage maritime, tandis que quelque 23 000 marins civils de 87 pays étaient pris dans l’impasse. Le problème, pour Washington, est que cette posture de gardien du détroit est désormais couplée à une menace politique plus large: si certains membres de l’OTAN ne facilitent plus les déploiements américains en Europe, «cela pose un problème», a dit Rubio selon
France 24.
Autrement dit, Rubio ne parle pas d’Ormuz seulement en termes maritimes. Il transforme la crise iranienne en test de loyauté alliée. Washington veut du soutien, pas des réserves.
L’Europe gagne la route, mais perd la marge
Pour les Européens, le calcul est simple et désagréable. Une perturbation à Ormuz menace les flux énergétiques, les primes d’assurance et les chaînes d’approvisionnement. Mais l’aide demandée par Washington arrive au mauvais moment diplomatique: Trump a déjà publiquement reproché à Rome et à d’autres alliés de ne pas faire assez, et a même menacé de retirer des forces américaines d’Italie, selon
France 24. Le Parisien note que Rubio a rencontré Giorgia Meloni à Rome après des tensions entre le président américain et le Vatican, dans une visite qui visait à «recoller les morceaux» de la relation transatlantique (
Le Parisien).
C’est là que l’affaire devient politique pour l’Europe. Les gouvernements européens ont intérêt à soutenir la sécurité d’Ormuz, mais pas à apparaître comme l’appendice d’une stratégie américaine instable vis-à-vis de l’Iran. Ils doivent aussi composer avec l’Italie de Meloni, qui sert ici de passerelle entre Washington et le reste de l’UE. Le dossier dépasse donc le Golfe: il mesure la capacité de l’Europe à agir comme bloc quand les États-Unis demandent contribution et discipline.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
Le prochain point de rupture est clair: Washington va-t-il formaliser une coalition ou passer directement à la sanction? Rubio a dit que Trump n’avait pas encore décidé comment réprimander les alliés jugés insuffisamment coopératifs, selon
France 24. Sur le fond, deux échéances comptent: toute annonce américaine sur un dispositif naval au détroit d’Ormuz, et toute réponse européenne, surtout de Rome, Paris et Londres, sur la manière de contribuer sans avaliser un chèque en blanc à Trump.
Pour
Global Politics, le message est limpide: l’Iran sert de levier, mais c’est l’OTAN qui est sur la sellette.